Un jour, une faute

J’ai regardé dernièrement l’émission Un jour un destin consacrée à Bernard Tapie et diffusée sur France 2 le 18 novembre.

Ce documentaire, qui rend hommage à une personnalité « ayant marqué l’histoire », se découpe en chapitres, chacun correspondant à une étape de sa vie.

Pour Bernard Tapie par exemple, le chapitre qui traite de l’époque où il achetait des sociétés pour les revendre s’appelle « le faiseur de fric ». Mais c’est le chapitre intitulé « le retour du phoenix » qui a attiré mon attention (je ne parle pas du fond, fort intéressant par ailleurs, mais du titre).

D’abord, pourquoi avoir écrit phénix en latin « phoenix »? Est-ce un clin d’oeil au groupe de pop français ? Curieux mélange des genres…

Mais il y a pire ! Par définition, le phénix est un oiseau fabuleux au plumage pourpre qui renaît toujours de ses cendres après s’être consumé sous l’effet de sa propre chaleur. Il symbolise ainsi les cycles de mort et de résurrection.

La Fontaine l’a mis à l’honneur dans Le Corbeau et le Renard : « Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois ». A noter que cet emploi comme métaphore pour désigner une personne (et même une chose) unique, exceptionnelle, n’a plus cours aujourd’hui.

Parler du « retour du phénix » relève donc du pléonasme.

En fouillant un peu, j’ai retrouvé l’ouvrage qui a peut-être influencé le choix de ce titre. Ecrit par Airy Routier du Nouvel Obs, il s’intitule : Le Phénix : le retour de Bernard Tapie.

Dans ce cas, la formule, bien qu’insistante, est correcte.

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Carla Bruni-Sarkozy : « les costards d’image qu’on taille aux personnes »

Carla Bruni-Sarkozy : « les costards d’image qu’on taille aux personnes »

« Je trouve que tous ces espèces de costards d’image qu’on taille aux personnes sont plus dus aux personnes autour qu’à la réalité »  se défendait Carla Bruni-Sarkozy lors de l’interview accordée deux jours avant son accouchement à Benoît Duquesne et diffusée sur France 2 dans le cadre de l’émission Complément d’enquête le 20 octobre.

Il semble que la Première dame de France ait involontairement mélangé deux expressions distinctes : « tailler un costard » et, sans doute, « salir une image ». Le résultat, vous en conviendrez, ne veut plus dire grand chose.

« Tailler un costume (en argot, un costard) à quelqu’un » revient à dire du mal de lui, à lui faire une mauvaise réputation (et donc à salir son image!). A noter qu’il existe une variante plus « détente », plus estivale aussi : « tailler un short ».

À l’origine (1883), l’expression était flatteuse: « faire un costume à quelqu’un », c’était applaudir un acteur dès son entrée en scène et ce, avant même qu’il ait prononcé la moindre parole. Puis l’expression, devenue ironique, a été croisée avec celle plus ancienne d’« habiller quelqu’un pour l’hiver » avec l’idée de mettre quelque chose (la médisance, la calomnie…) sur son dos. L’image est un peu analogue dans « casser du sucre sur le dos de quelqu’un » (1868).

C’est donc dans ce sens négatif que l’expression « tailler un costume » s’est répandue au milieu du XXe s. Pourquoi « tailler » à la place de « faire »? Sans doute par analogie avec tailler en pièces, mettre en morceaux.

Loin de moi l’idée d’accabler Carla Bruni-Sarkozy (encore moins de lui tailler un costard), bien au contraire, ce genre de confusion est très courant, et méritait bien, sur ce blog, un traitement de faveur.

Revoir l’interview : Carla Bruni-Sarkozy s’exprime de 37’22 » à 47’05 » (« costard d’image » à 44’17 »)