L’ordinateur a-t-il un coeur ?

« Votre ordinateur va redémarrer dans 30 secondes ! » Et pourquoi pas « s’autodétruira » pendant qu’on y est ? Vous le connaissez bien, ce petit message qui apparaît en bas à droite de votre écran, pile-poil au moment où vous écrivez le mail qui va décider de votre vie pour les dix prochaines années.

Ce ton péremptoire a le chic pour m’oppresser et à chaque fois le même vent de panique s’empare de moi. J’aimerais simplement qu’on (d’ailleurs qui ?) me pose poliment la question. Heureusement il nous est permis de repousser l’échéance, à quelques heures près, jusqu’à 15 jours. Pour me venger, je choisis toujours la peine maximum. C’est idiot bien sûr, car ces manœuvres sont nécessaires au bien-être de nos ordinateurs (et indirectement au nôtre) mais quelle impression désagréable de se voir ainsi forcer la main !

Impression qui invite à une réflexion plus large (et plus sérieuse) sur les mots de l’informatique et du web.

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Don Quichotte vs. Dom Juan

Pourquoi le Don Quichotte de Miguel de Cervantès s’écrit-il « Don » et le Dom Juan de Molière « Dom », alors que les deux oeuvres datent du XVIIsiècle ?

Tout simplement parce que ce titre de noblesse, attribué à deux personnages espagnols, renoue, chez le dramaturge français, avec sa racine latine.

À l’origine, le titre dom, forme abrégée tirée du latin dominus (maître de maison), est donné à certains ecclésiastiques. Au XVIsiècle, l’abréviation devient « don », sur les modèles espagnol (Don Quijote de la Mancha, 1605) et italien (comme, plus récemment, le Don Corleone de Coppola).

Mais au début du XVIIe s., en France, réapparaît dom, qui désigne tout à la fois les membres de certains ordres religieux (comme le moine bénédictin Dom Pérignon, bien connu des amateurs de champagne), et, par latinisation, ceux de la noblesse. Il semblerait que le Dom Juan de Molière (1665), loin d’entrer dans les ordres, n’ait pas échappé à la tendance !

Par la suite, l’opéra de Mozart s’écrira Don Juan (en italien Don Giovanni, 1787), tout comme le Don Juan aux enfers de Baudelaire (1857).

Depuis Stendhal, on emploie don Juan pour « séducteur, homme à femmes ». Quant au don Quichotte, tout comme le personnage de Cervantès qui se « bat contre des moulins à vent » au lieu de véritables ennemis, il agit pour des causes sans intérêt ou perdues d’avance.

Source: Dictionnaire historique de la langue française, sous la dir. d’Alain Rey, juillet 2010