Pléonasmes présidentiels

On a souvent raillé l’expression orale de notre Président: un « parler peuple » (naturel ou forcé?) nourri par des syncopes du type « M’sieur Pujadas, j’vais vous dire une bonne chose ».

Mais ce qu’on a pu remarquer hier, lors de son intervention TV depuis l’Élysée, c’est une forte tendance à la redondance :

« C’est toujours mieux de commencer par le point de départ pour arriver à l’arrivée. »

« Si on continue à surcharger nos entreprises de charges… »

Devant de si beaux pléonasmes, moi, j’applaudis des deux mains 😉

Revoir l’intervention

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Dira, ira pas?

Après son épouse, c’est au tour de Nicolas Sarkozy de mélanger deux expressions:  « je n’en dirai pas plus » et « je n’irai pas plus loin ».

En visite jeudi à l’usine Seb de Pont-Evêque (Isère), il a déclaré, à la fin de son intervention:

« Il faut que les importations participent au financement de notre modèle social. Alors… je ne dirai pas plus loin« .

Revoir la vidéo à 12’57

Sortez vos dicos : Villepin entre en campagne

Invité hier du Grand Jury Europe 1-Le Parisien, Dominique de Villepin a déclaré « La France ne peut pas vivre avec un président hémiplégique qui représente une seule partie des Français »

Pour ceux qui n’ont pas fait d’études de médecine, l’hémiplégie est la paralysie d’une ou plusieurs partie du corps d’un seul côté (touchant un hémicorps). Elle peut être totale, et dans ce cas, le membre supérieur, le membre inférieur, le tron et la moitié de la face sont touchés. (Wikipédia).

Nicolas Sarkozy, président de droite, serait pour ainsi dire paralysé de sa gauche. Dominique de Villepin, par essence « au dessus des partis », serait exempté de cet handicap.

Voilà ce qui arrive quand on laisse un homme qui a davantage fréquenté les livres que les électeurs se mêler de politique : on enrichit considérablement son vocabulaire ! Mais est-ce là le but d’une candidature à l’élection présidentielle?

Le but, non, mais un argument pour séduire les déçus du « style Sarkozy », certainement. Il est vrai que la qualité de son expression orale contraste avec les innombrables syncopes (« J’vais vous dire une chose », « Casse-toi pauv’ con » ou « M’me Merkel ») que l’on a l’habitude d’entendre de la bouche de notre Président. Villepin le sait et il en joue. S’il n’est pas élu, il pourra toujours dispenser quelques cours de français. De la cellule com de l’Elysée à David Douillet, ici aussi les candidats ne manquent pas…

Carla Bruni-Sarkozy : « les costards d’image qu’on taille aux personnes »

Carla Bruni-Sarkozy : « les costards d’image qu’on taille aux personnes »

« Je trouve que tous ces espèces de costards d’image qu’on taille aux personnes sont plus dus aux personnes autour qu’à la réalité »  se défendait Carla Bruni-Sarkozy lors de l’interview accordée deux jours avant son accouchement à Benoît Duquesne et diffusée sur France 2 dans le cadre de l’émission Complément d’enquête le 20 octobre.

Il semble que la Première dame de France ait involontairement mélangé deux expressions distinctes : « tailler un costard » et, sans doute, « salir une image ». Le résultat, vous en conviendrez, ne veut plus dire grand chose.

« Tailler un costume (en argot, un costard) à quelqu’un » revient à dire du mal de lui, à lui faire une mauvaise réputation (et donc à salir son image!). A noter qu’il existe une variante plus « détente », plus estivale aussi : « tailler un short ».

À l’origine (1883), l’expression était flatteuse: « faire un costume à quelqu’un », c’était applaudir un acteur dès son entrée en scène et ce, avant même qu’il ait prononcé la moindre parole. Puis l’expression, devenue ironique, a été croisée avec celle plus ancienne d’« habiller quelqu’un pour l’hiver » avec l’idée de mettre quelque chose (la médisance, la calomnie…) sur son dos. L’image est un peu analogue dans « casser du sucre sur le dos de quelqu’un » (1868).

C’est donc dans ce sens négatif que l’expression « tailler un costume » s’est répandue au milieu du XXe s. Pourquoi « tailler » à la place de « faire »? Sans doute par analogie avec tailler en pièces, mettre en morceaux.

Loin de moi l’idée d’accabler Carla Bruni-Sarkozy (encore moins de lui tailler un costard), bien au contraire, ce genre de confusion est très courant, et méritait bien, sur ce blog, un traitement de faveur.

Revoir l’interview : Carla Bruni-Sarkozy s’exprime de 37’22 » à 47’05 » (« costard d’image » à 44’17 »)