Et la ma-jus-cule, alors ?

Que le calembour, fondé sur les paronymes « je » et « jus » soit un peu léger, soit.
Que la formule ici détournée « Paris, je t’aime » soit éculée, pour ne pas dire pressée comme une orange, passe encore. Ce n’est pas la première fois que les publicitaires sont en panne d’inspiration !
Que l’expression finale ne veuille rien dire, alors que l’effet comique du calembour est justement basé sur une double interprétation, bon…
Mais pourquoi Paris se retrouve-t-elle dépouillée de sa majuscule ???
Enfin, à la place d’innocent, j’aurais plutôt opté pour l’accroche suivante : « On se tient au jus. »
Bien plus drôle et tendance !
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Dans la pub aussi, les opposés s’attirent !

À la télé, au ciné ou sur le net, vous avez sûrement vu le nouveau spot publicitaire pour Monoprix, enseigne de distribution connue pour ses calembours plus ou moins réussis

Intitulé « La bataille d’eau », le spot se termine sur la nouvelle signature de la marque : « Vivement aujourd’hui » qui joue sur l’opposition entre deux mots : « vivement » d’un côté, interjection marquant l’impatience, l’attente, la projection, et « aujourd’hui », qui désigne le moment présent. Naturellement, on s’attendrait à « vivement demain », ou à toute autre échéance future !

Justement, que ces mots de sens contraire (ou antonymes) soient rapprochés au sein d’un même groupe de mots (oxymore) ou au sein d’une ou plusieurs phrases (antithèse), ils produisent un effet de surprise, accrocheur et mémorisable, très recherché par les publicitaires. En voici quelques exemples :

Monoprix : « Vivement aujourd’hui »

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Une pub ébaubissante, épastrouillante, épatarouflante !

En matière de langue française, on sait que la pub est capable du pire. La dernière campagne d’affichage de Sephora, avec ces néologismes maladroits et futiles, nous en a donné une belle illustration. Mais quand, pour attirer de nouveaux visiteurs, la ville de Poitiers choisit de (re)mettre à l’honneur des mots rares et oubliés, littéraires et familiers, l’idée est vraiment bien trouvée !

Poitiers capitale romane ebaubissant

Ébaubissant : sensationnel, stupéfiant (du verbe ébaubir « étonner grandement »).

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Slogans de fête : et en français, ça donne quoi?

Cet hiver, le gang des publicitaires en panne d’inspiration a encore frappé ! Leur mode opératoire ? Détourner, déformer, dénaturer des formules toutes faites sans aucune pitié ! Et tant pis si certaines accroches ne veulent plus rien dire du tout…

Repérables entre mille avec leurs grosses lettres de couleur, les affiches Monoprix n’en sont pas à leurs premiers calembours. Mais cette année, c’est du lourd : Monop’ a décidé de « faire tout fêter ».

affiche monoprix on fait tout fêter

« Faire tout fêter », ça veut dire quoi ? Pas la peine d’ouvrir le dictionnaire ou de se creuser la tête : ce n’est tout bonnement pas français, mais ça a du bien faire rire le team pseudo-créatif de l’agence qui nous concocte chaque saison ces petites merveilles de finesse.

« – Bon ben les gars, vous voyez l’expression « On fait tout péter », c’est punchy, ça envoie du pépito, ça lui parle à la ménagère qui regarde Secret Story, pas vrai? Bon eh ben comme c’est les fêtes de Noël, on va la transformer en « On fait tout fêter ». Voilà, on met juste un « f » à la place du « p » ! J’avoue, sur ce coup, je ne me suis pas trop foulé. Bon vous en dites quoi les gars ? »

« – Ah ouais, ouais, c’est bon ça ! »

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L’allitération en « t » selon Tissot

L’allitération (du latin ad, « répétition » et littera, « lettre ») est une figure de style fondée sur la répétition de consonnes identiques à l’intérieur d’un même vers ou d’une même phrase. Et pourquoi pas au sein d’un spot publicitaire ?

Dans cette pub TV, l’horloger suisse Tissot présente sa nouvelle montre : la TTouch Expert (qui existe aussi en version Titanium). Ce modèle repose sur la « Tactile Technology » et une promesse :  « You Touch, it Tells ». À noter qu’il est doté, entre autres, d’un Thermomètre.

En plus de permettre sa mémorisation, l’allitération en « t » est connu pour donner force et autorité au propos, un effet amplifié par la tonalité grave de la voix off.

Le latin, parce que vous le valez bien !

Quand on vous dit « latin », vous pensez (dans le pire des cas) au Moyen Âge, à la messe, et à cette vieille peau de Madame Piard qui vous rabâchait les oreilles en 5e avec  « rosa, rosa, rosam ». Au mieux, vous êtes dans le déni, car pour vous, seuls les sombreros, la salsa et Shakira sont véritablement « latins ».

Or, si 80% de notre vocabulaire français provient du latin (mais ça, Madame Piard vous l’a déjà dit), bon nombre de marques de produits ou de services que nous utilisons au quotidien portent des noms latins ou fortement inspirés du latin (mais ça, elle a « oublié » de vous le dire). Tout au long de la journée, nous lisons, nous prononçons ces mots latins sans toujours nous en rendre compte. La preuve heure par heure.

7h00 – Comme chaque matin, je n’entends pas mon réveil sonner. Normal, depuis que les nouveaux voisins ont emménagé avec leur bébé, je dors avec des boules QUIES (quies, quietis « repos, calme ») [1].

7h42 – Enfin levée, je file à la cuisine pour prendre mon petit déjeuner. J’ouvre une brique de CANDIA (candidus, « blanc ») mais comme je suis toujours dans le coaltar, je m’entaille le doigt en attrapant un couteau. Vite, un URGO (urgeo, « s’occuper avec insistance de quelque chose ») !

8h05 – Direction la salle de bain. Après m’être douchée avec SANEX (sanus, « sain »), je me tartine le corps de crème NIVEA (nix, nivis, « neige ») puis je brosse mes dents avec du dentifrice aux plantes de chez VADEMECUM (vade mecum, « va avec moi »).

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Mr. Propre a 45 ans, mais toujours un R de trop !

Cela vous a peut-être échappé mais Mr. Propre fête ses 45 ans cette anné [1]. La fleur de l’âge ! Enfin, ça, c’est la version française, car outre-Atlantique, Mr. Propre est déjà un « senior » de 54 ans.

En effet, le personnage de « Mr. Clean » a été imaginé en 1958 par la société Procter & Gamble. Et il faut croire qu’au moment de l’exportation, le « r » de l’abréviation anglo-saxonne « Mister » s’est incrusté dans les cartons.

Parce qu’en France, Monsieur s’abrège « M. » depuis le début du XXe siècle ! Et même si l’Académie française est consciente de l’ambiguïté que ce « M. » peut causer (par exemple, quand on écrit M. Proust, veut-on dire Monsieur ou Marcel ?), il n’est pour l’instant pas question de revenir sur cette règle. C’est donc « M. Propre » qu’on devrait lire sur nos emballages et nos publicités [2].

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« Je t’emmerde avec un grand A » : du bon usage de l’alphabet.

On la connaît tous, cette tournure emphatique qui consiste à épeler la première lettre d’un mot tout en la faisant précéder de l’adjectif « grand ». La plus courante semble être « l’amour avec un grand A » qui qualifie l’amour absolu, unique, sincère auquel nous aspirons tous (sans doute par opposition à l’amour moche-mesquin-menteur que nous connaissons tous).

Jusque-là rien de bien compliqué, c’est du niveau CP ! Sauf que depuis quelques temps, l’expression – comme la langue française dans son ensemble – est maltraitée. En cause, la télé-réalité, mais aussi la publicité. Retour sur quelques maladresses plus ou moins volontaires… et plus ou moins pardonnables !

Tout a commencé en 2002, lorsque David, le beau gosse de Loft Story 2, adresse à un autre candidat (Kamel ?) cette phrase assassine : « je t’emmerde avec un grand A ». Hilarité de la presse (Ça aurait balancé sur Twitter !). Humiliation du principal intéressé qui n’apprécie pas d’être pris pour un « teubé ». Malheureusement, c’est tout ce que l’on retiendra de son passage dans l’émission.

Même combat pour Didier de l’Amour est aveugle, qui déclare en 2011 : « l’expérience aura réussi si jamais je rencontre la femme avec un grand A ». A-ïe ! Que s’est-il passé ?

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Omar m’a tuer, Omar m’a pousser… Y’en a marre !

Il y a un an, dans un billet intitulé Quand  le français se tape l’affiche, je pestais déjà contre la déclinaison médiatique dont la(tristement) célèbre formule « Omar m’a tuer » faisait l’objet. Une nouvelle affiche publicitaire pour Canal + nous donne encore l’occasion de nous interroger sur les dangers d’un exercice de style pratiqué sans filet.

Depuis que Mitterrand m’a tuer (sous-titre d’un livre de Jacques Médecin) en 1994, Mc Do m’a tuer, L’Open space m’a tuer, Facebook m’a tuer, La gauche m’a tuer, Google m’a tuer, Sarko m’a tuer, Twitter m’a tuer… pour ne citer que quelques exemples d’accroches publicitaires et éditoriales qui ont fleuri ces dernières années.

Petit rappel des faits : l’inscription « Omar m’a tuer » aurait été tracée par Ghislaine Marchal à l’aide de son propre sang le 23 (ou le 24?) juin 1991 alors qu’elle agonisait dans la cave de sa villa, désignant clairement Omar Raddad, son jardinier, comme assassin. La faute d’orthographe a bien entendu été considérée par les enquêteurs. D’abord, ils ont pensé qu’une femme aussi respectable que Madame Marchal n’aurait jamais pu commettre une telle erreur ! Puis, ils se sont rendu compte, en épluchant ses correspondances, qu’elle n’était pas à sa première entorse à la langue de Molière, et qu’elle était même carrément fâchée avec les participes passés. Soit.

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Rebelle à la pelle

Après Jean-Luc Mélenchon, ex-candidat à l’élection présidentielle, c’est au tour de Smart de jouer avec les mots « belle » et « rebelle » à travers le procédé stylistique de la personnification (attribution de caractéristiques humaines à une chose).

 

Or, malgré leur apparente racine commune, ces deux adjectifs issus du latin ont historiquement des sens opposés.

Belle est dérivé de bonus qui veut dire « bon » alors que Rebelle vient de bellum et signifie « qui recommence la guerre ».

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