SNCFun!

Ce n’est pas parce qu’une de ses filiales vient de licencier 880 personnes qu’on n’a pas le droit de se délecter des nouvelles affiches de pub SNCF !

Souvenez-vous, en 2006-2007, l’agence DDB réalisait, pour Voyages-sncf, une excellente campagne en détournant les inscriptions des panneaux situés à l’entrée des villes et des villages. Les calembours consistaient à traduire  les noms de grandes villes étrangères par des toponymes (noms propres désignant un lieu) bien français. Effet terroir garanti !

C’est ainsi que New-York, Singapour, Istanbul sont devenues respectivement Nouillorc, Saint-Gapour, Yste-en-Boule. Encore plus drôles:  les « destinations soleil » comme Cancún (Quancoune), Mykonos (Mique-aux-Noces) ou Marrakech (Marat-Quèche)…

Cette année, rebelotte, mais l’on joue cette fois-ci sur l’homophonie entre des noms de villes françaises et des mots d’usage courant (en français, mais aussi en anglais).

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Irrésistiblement, furieusement, méchamment…

Amicalement vôtre, Un éléphant, ca trompe énormément… Certains adverbes sont utilisés dans des titres de séries ou de films, avec tout de même moins de succès que les adjectifs comme Irréversible, Incassable, Intouchables, et – ça marche aussi en anglais – Unstoppable… (vous remarquerez qu’il s’agit surtout d’antonymes).

La tendance, désormais, c’est d’utiliser ces adverbes dans les critiques de films. Vous savez, ces commentaires dithyrambiques que l’on retrouve sur les affiches pour allécher les amateurs du 7e art ou les badauds rêvassant dans le métro.

Ce qui est surprenant c’est cette surenchère, cette course à l’éloge, dans laquelle les adverbes ont une place de choix. C’est à celui qui aura la formule la plus percutante, quitte à être surfaite, voire ridicule, quitte à ce que l’adverbe ne veuille plus rien dire du tout. Car, à l’origine, l’adverbe, du latin adverbium (ad→ à, verbum → verbe) est un « mot qui s’ajoute au verbe », pour préciser, par exemple, la manière dont l’action se déroule (« parler bruyamment », « vivre dangereusement », etc). Or ici, les adverbes qualifient des… adjectifs qui eux-mêmes qualifient… des noms!

 À titre d’exemple, les affiches de deux films qui sortent aujourd’hui sur les écrans :

La délicatesse, « irrésistiblement romantique », cela va sans dire… Et L’Irlandais, « méchamment drôle », quand il n’est pas « furieusement drôle », selon les affiches:

Il me semble que s’en tenir à « romantique » ou « drôle » aurait suffit. Il n’est pas non plus interdit de piocher dans les innombrables synonymes dont regorge la langue française!

Mais l’usage immodéré des adverbes permet de s’économiser ce genre d’efforts.

Dans le même registre, la création d’un néologisme pour qualifier un genre de film. L’Irlandais? Un film « mélancomique » bien sûr ! Verdict en salles ce mercredi …

Question de temps

Un film,

Deux visuels identiques,

Mais deux titres différents.

A gauche, le titre américain original, à droite celui destiné au marché français.

Ma question est : puisqu’il n’a pas été jugé utile de traduire le titre en français (cela se défend, vu les horreurs auxquelles on aboutit parfois), pourquoi l’avoir traduit… en anglais?

Notre anglais est-il trop poor pour comprendre Time Out mais pas In Time?

Au Québec, In Time est devenu « En temps ». En France, cela aurait donné « A temps ». In Time suggère donc une issue positive, un but atteint in extremis.

Mais les titres anxiogènes doivent avoir beaucoup de succès dans l’Hexagone pour que le choix se soit porté sur Time Out :  temps mort, délai dépassé…

Pour paraphraser Eric et Ramzy, je ne vois pas d’autres explications !

Notons qu’outre-Atlantique, ce film de science-fiction (« sci-fi film ») dystopique a eu comme titres provisoires I’m.mortal puis Now. Dommage, car « Je suis mortel » aurait fait un carton en France! Quant à Now, trop commun pour s’assurer un bon référencement sur Google, il a fait long feu.

« Survivalisme »

Décidemment, l’émission Enquête exclusive d’hier soir aura été riche d’enseignements. Au-delà du fait que le genre humain (surtout celui qu’on rencontre dans l’Amérique profonde), est de plus en plus déconcertant, j’ai appris un nouveau mot : survivalisme. Si vous voulez briller en ville jusqu’au 20 décembre 2012 inclus, ou devenir vous-même survivaliste, je vous conseille de lire les lignes qui suivent.

D’après Wikipédia, le survivalisme désigne les méthodes utilisées par certains groupes ou individus qui veulent se préparer à une hypothétique catastrophe locale ou plus globale dans le futur. Les survivalistes se forment aux techniques de survie en construisant des abris, en stockant de la nourriture ou en apprenant à se nourrir en milieu sauvage. Aux États-Unis, on appellerait ces individus preppers, « ceux qui se préparent ».

Le survivalisme est également une sous-culture présente dans le cinéma, la littérature ou la bande-dessinée. Ainsi, les films Seul au monde, Into the wild, les romans Je suis une légende ou La route (également adaptés au cinéma), l’émission de télé-réalité Koh-Lanta,  sont dits survivalistes. On a l’habitude de les classer dans le genre « science-fiction » ou « catastrophe » alors qu’ils ont leur catégorie propre.

Pourtant, la notion de survivalisme semble avoir fait son temps! Dans les prochaines années, nous parlerons de néosurvivalisme. C’est ce qu’affirme Gérald Celente, le « Nostradamus américain » (ça promet!), qui est à l’origine de ce mot. Contrairement au « chacun-pour-soi » du survivalisme, le néosurvivalisme proposerait une réflexion à l’échelle collective… et surtout un concept marketing pour attirer de nouvelles recrues. Derrière un faux mot se cache pourtant un vrai business! Et quoi de mieux que de jouer sur la plus grande peur humaine pour l’alimenter?

French prohibited *

La meilleure façon de vanter les mérites d’un constructeur automobile français ?

Le faire dans une langue étrangère pardi!

Prenons l’allemand par exemple. Il y a d’abord eu cette pub Opel où le démonstrateur détaillait, en allemand sous-titré, les équipements de la Corsa Série 111. Qui mieux qu’un Allemand pour parler de la « deutsche qualität »? Et au cas où la pilule ne serait pas bien passée, une voix off concluait, en français cette fois-ci « Pas besoin de parler allemand pour comprendre que cette Opel est une vraie voiture allemande ». Novateur pour une pub à destination du marché français mais pas révolutionnaire pour une marque… allemande.

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Cou(p) de coeur

Que les mauvaises langues n’aillent pas dire que je suis contre les jeux de mots dans la pub !

Celui-ci, par exemple, je l’aime bien.

Jouer sur les homophones coup et cou, au sein de l’expression boire un coup est une chouette idée. Surtout en plein Twilight 4 !

Saviez-vous que dans les expressions boire un coup, payer un coup, un petit coup, un coup de rouge… coup signifie (depuis le XIVe s.) « quantité de liquide que l’on boit en une fois »?

En espérant que les sms-addicts n’en abusent pas …

Un jour, une faute

J’ai regardé dernièrement l’émission Un jour un destin consacrée à Bernard Tapie et diffusée sur France 2 le 18 novembre.

Ce documentaire, qui rend hommage à une personnalité « ayant marqué l’histoire », se découpe en chapitres, chacun correspondant à une étape de sa vie.

Pour Bernard Tapie par exemple, le chapitre qui traite de l’époque où il achetait des sociétés pour les revendre s’appelle « le faiseur de fric ». Mais c’est le chapitre intitulé « le retour du phoenix » qui a attiré mon attention (je ne parle pas du fond, fort intéressant par ailleurs, mais du titre).

D’abord, pourquoi avoir écrit phénix en latin « phoenix »? Est-ce un clin d’oeil au groupe de pop français ? Curieux mélange des genres…

Mais il y a pire ! Par définition, le phénix est un oiseau fabuleux au plumage pourpre qui renaît toujours de ses cendres après s’être consumé sous l’effet de sa propre chaleur. Il symbolise ainsi les cycles de mort et de résurrection.

La Fontaine l’a mis à l’honneur dans Le Corbeau et le Renard : « Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois ». A noter que cet emploi comme métaphore pour désigner une personne (et même une chose) unique, exceptionnelle, n’a plus cours aujourd’hui.

Parler du « retour du phénix » relève donc du pléonasme.

En fouillant un peu, j’ai retrouvé l’ouvrage qui a peut-être influencé le choix de ce titre. Ecrit par Airy Routier du Nouvel Obs, il s’intitule : Le Phénix : le retour de Bernard Tapie.

Dans ce cas, la formule, bien qu’insistante, est correcte.

Quand le français se tape l’affiche

À l’occasion de la sortie de Polisse, le nouveau (et très attendu) film de Maïwen, je ne peux m’empêcher de repenser à ces affiches de publicité ou de cinéma, lesquelles, affublées de leur slogan ou de leur titre « à faute » ont picoté nos pupilles toute l’année durant.

Tout a commencé pendant les fêtes de Noël avec cette affiche Monoprix où s’étalait, en lettres XXL, le message « réveillon nous ».

D’un point de vue publicitaire,  le jeu de mots, basé sur l’homonymie entre deux mots de la même famille – le verbe pronominal se réveiller, conjugué à la première personne du pluriel de l’impératif présent et le nom commun réveillon – est bien pensé. D’un point de vue orthographique, c’est une autre histoire. Passons sur la découpe incorrecte des syllabes et sur l’économie de trait d’union entre le verbe et son pronom réfléchi, et concentrons-nous sur ce « s » qui manque à l’appel.

On avait bien à notre disposition le verbe réveillonner, dérivé du nom réveillon, et qui donne, au même mode, au même temps et à la même personne : réveillonnons. Mais le rapprochement avec se réveiller, qui semble tant tenir à cœur aux créatifs, disparaît, et l’intérêt du message avec.

Alors on aurait pu imaginer le compromis suivant : « réveillons-nous ». L’homonymie est toujours présente et la conjugaison respectée. Certes, le nom réveillon, devenu pluriel, apparaît de manière plus subliminale à la lecture, mais l’association d’idées reste largement favorisée par le contexte des fêtes de fin d’année.

Bon, puisqu’on ne peut pas rejouer le match, et que les alternatives sont moins heureuses niveau « créa », imaginons qu’un élève de CE2, qui est justement en train d’apprendre les conjugaisons, tombe sur l’affiche. « M’man ya une faute là ! », « Où ça chéri ? », « Ben là !». « Ah ! heu, oui, tu as raison mon cœur, mais heu… c’est une publicité ». Et les « zéro pointé en dictée » de se découvrir une vocation prématurée pour les métiers de la pub…Ceci expliquerait cela…

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