« Je t’emmerde avec un grand A » : du bon usage de l’alphabet.

On la connaît tous, cette tournure emphatique qui consiste à épeler la première lettre d’un mot tout en la faisant précéder de l’adjectif « grand ». La plus courante semble être « l’amour avec un grand A » qui qualifie l’amour absolu, unique, sincère auquel nous aspirons tous (sans doute par opposition à l’amour moche-mesquin-menteur que nous connaissons tous).

Jusque-là rien de bien compliqué, c’est du niveau CP ! Sauf que depuis quelques temps, l’expression – comme la langue française dans son ensemble – est maltraitée. En cause, la télé-réalité, mais aussi la publicité. Retour sur quelques maladresses plus ou moins volontaires… et plus ou moins pardonnables !

Tout a commencé en 2002, lorsque David, le beau gosse de Loft Story 2, adresse à un autre candidat (Kamel ?) cette phrase assassine : « je t’emmerde avec un grand A ». Hilarité de la presse (Ça aurait balancé sur Twitter !). Humiliation du principal intéressé qui n’apprécie pas d’être pris pour un « teubé ». Malheureusement, c’est tout ce que l’on retiendra de son passage dans l’émission.

Même combat pour Didier de l’Amour est aveugle, qui déclare en 2011 : « l’expérience aura réussi si jamais je rencontre la femme avec un grand A ». A-ïe ! Que s’est-il passé ?

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Omar m’a tuer, Omar m’a pousser… Y’en a marre !

Il y a un an, dans un billet intitulé Quand  le français se tape l’affiche, je pestais déjà contre la déclinaison médiatique dont la(tristement) célèbre formule « Omar m’a tuer » faisait l’objet. Une nouvelle affiche publicitaire pour Canal + nous donne encore l’occasion de nous interroger sur les dangers d’un exercice de style pratiqué sans filet.

Depuis que Mitterrand m’a tuer (sous-titre d’un livre de Jacques Médecin) en 1994, Mc Do m’a tuer, L’Open space m’a tuer, Facebook m’a tuer, La gauche m’a tuer, Google m’a tuer, Sarko m’a tuer, Twitter m’a tuer… pour ne citer que quelques exemples d’accroches publicitaires et éditoriales qui ont fleuri ces dernières années.

Petit rappel des faits : l’inscription « Omar m’a tuer » aurait été tracée par Ghislaine Marchal à l’aide de son propre sang le 23 (ou le 24?) juin 1991 alors qu’elle agonisait dans la cave de sa villa, désignant clairement Omar Raddad, son jardinier, comme assassin. La faute d’orthographe a bien entendu été considérée par les enquêteurs. D’abord, ils ont pensé qu’une femme aussi respectable que Madame Marchal n’aurait jamais pu commettre une telle erreur ! Puis, ils se sont rendu compte, en épluchant ses correspondances, qu’elle n’était pas à sa première entorse à la langue de Molière, et qu’elle était même carrément fâchée avec les participes passés. Soit.

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Ne jamais dire jamais

Entendu hier sur BFM TV : « La sécheresse aux Etats-Unis, du jamais vu depuis 1956 ».

Cette phrase relève, de mon point de vue, de l’antithèse. En effet, comment peut-on dire qu’un phénomène n’a existé en aucun temps tout en datant sa dernière apparition ?

Si le phénomène est nouveau, là on peut affirmer que c’est une première, qu’il est sans précédent, que c’est du jamais vu. Point final.

S’il s’est déjà produit, mais rarement ou il y a longtemps, on s’exclamera : « on n’avait pas vu ça depuis 1956 ! ». Ici, jamais n’a pas lieu d’être !

Malheureusement, les médias n’hésitent pas à sacrifier sur l’autel du sensationnel la logique de la langue.

Rebelle à la pelle

Après Jean-Luc Mélenchon, ex-candidat à l’élection présidentielle, c’est au tour de Smart de jouer avec les mots « belle » et « rebelle » à travers le procédé stylistique de la personnification (attribution de caractéristiques humaines à une chose).

 

Or, malgré leur apparente racine commune, ces deux adjectifs issus du latin ont historiquement des sens opposés.

Belle est dérivé de bonus qui veut dire « bon » alors que Rebelle vient de bellum et signifie « qui recommence la guerre ».

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Cinéma : les langues mortes ont la cote !

Cosmopolis, Prometheus, (The) Dictator … en mai et en juin, les films aux titres grecs et latins sont à l’honor ! L’occasion de nous pencher sur leur signification et de se souvenir de ceux qui nous ont marqués au cours des dernières décennies.

En compétition officielle à Cannes, Cosmopolis, de David Cronenberg, est composé de deux mots d’origine grec, kósmos « monde ordonné » et pólis «cité ». Cosmopolis semble ici utilisé à la place de « cosmopolite » (en anglais comme en français), à propos d’une grande ville peuplée par différentes nationalités. Sans doute faut-il y voir une référence au monde « globalisé » de la finance et du capitalisme, qui est ici montré du doigt.

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Oxymore, antithèse : le Twilight test

Quel rapport peut-il y avoir entre des figures de style et la saga vampirique de Stephenie Meyer ? Au cas où vous l’ignoreriez, Twilight signifie « crépuscule ». Le crépuscule étant un moment de la journée (matin ou soir) où l’on n’y voit pas particulièrement clair. Or, certains jeux de mots, qui jouent sur l’opposition, ne sont pas très clairs non plus.

Voici trois exemples pour vous en convaincre, qui ont tous passé le Twilight test. Chaque expression est jugée à la lumière de trois volets de la saga : Hésitation – Tentation – Révélation. (Oui, bon, on a le droit de s’amuser un peu).

Avant toute chose, voici deux définitions :

Oxymore : deux antonymes (mots de sens contraire), généralement un nom+ un adjectif, se côtoient dans un même groupe grammatical

Antithèse : deux antonymes se côtoient dans un même énoncé

Une subtilité qui ne vous a pas échappée : dans l’oxymore, les deux termes mis en opposition sont côte-à-côte.

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Côté inspi, Daddy coule!

 

N’est-il pas un peu facile de prendre des expressions populaires toutes faites comme « se lever du pied gauche » ou « chassez le naturel il revient au galop » et les aménager à sa rose? Pardon, à sa sauce! Ne perd-on pas, au passage, « l’esprit » de l’expression et jusqu’à sa signification ? Et surtout, quel est l’intérêt de se livrer à un tel exercice de récupération?

Cela me rappelle Monoprix et son « Jamais un sans deux », déclinable à l’infini …

Certes, c’est souvent au moment où une expression est détournée qu’elle acquiert ses lettres de noblesse. Pour preuve le film de Martin Valente, dont la sortie est quasiment passée inaperçue mais dont le titre ne m’a pas échappé:

C’est Blanche-Neige qui doit tirer la gueule!

Police de la polysémie, vos papiers siouplé !

On avait déjà remarqué que les calembours étaient à la fête sur les affiches publicitaires de fin d’année. En ce début 2012, place à la polysémie ! La polysémie, c’est le fait pour un même mot d’avoir plusieurs sens (il est polysémique).

À ne pas confondre avec l’homonymie, qui est à l’origine du calembour. En effet, deux mots homonymes (= qui ont la même forme, phonique ou graphique) sont des mots totalement différents, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas la même étymologie et deux entrées distinctes dans le dictionnaire.

Comme l’homonymie, la polysémie permet de jouer sur l’ambiguïté des mots, afin d’obtenir une accroche forte,  mémorisable, souvent humoristique. Petit tour d’horizon de ce qui se fait actuellement de mieux sur le marché :

Nicorette Skin joue sur la polysémie du nom tabac: le (méchant) tabac que l’on fume et l’expression populaire faire un tabac (avoir un grand succès).

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Peut-on dire d’un film qui n’est pas encore sorti que c’est « déjà un classique »?

Dans un précédent billet, je pestais contre cette boulimie d’adverbes utilisés pour faire la promotion de certains films.

S’il n’est pas question d’adverbes cette fois-ci, l’exagération est une nouvelle fois de mise.

En effet, sur les affiches du nouveau film de Clint Eastwood, J.Edgar, qui sort en salle demain, on a pu lire l’appréciation suivante : « Déjà un classique. »

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