Robert 2014 : ce que la bombasse, le kéké et le modeux disent de notre société

Article écrit pour le Plus/Nouvel Obs, édité par Henri Rouiller et parrainé par Aude Baron.

LE PLUS. Le Robert a accueille de nouveaux arrivants dans son édition de 2014. Parmi les plus surprenants, on retrouve « bombasse », « piapiater » ou encore « clasher ». Mais que veut vraiment dire cette sélection ? de quoi est-elle symptomatique pour notre société ? On en parle avec Sandrine Campese, blogueuse.

Des mots superficiels

Une « bombasse », un « modeux », un « kéké »… non, vous n’êtes pas dans un casting de téléréalité mais dans les pages du Petit Robert 2014. À force de s’imposer sur nos écrans et dans nos conversations, ces stéréotypes ont fini par entrer dans le dictionnaire. Respectivement « sexy », « à la mode » et « frimeur », les trois nouveaux venus brillent par leur superficialité.

Or, d’après l’homme politique et écrivain Désiré Nisard, « l’image la plus exacte de l’esprit français est la langue française elle-même ». Encore un effort, et Nabilla finira Quai de Conti.

Les autres termes de cette cuvée 2014 ne sont guère plus profonds, à l’exception peut-être du « plan cul » et de la « galoche », selon les points de vue. Sans doute en hommage à Mia Frye (« Ça fait pia pia pia dans ton corps« ), le verbe « piapiater » a fait son entrée. La différence avec blablater ?

 Aucune idée, mais depuis l’arrivée du tweet l’année dernière, les gazouillis gagnent du terrain. Quant à l’ »ami » (Facebook), il est enfin reconnu à sa juste valeur : « membre d’un réseau social en relation avec un autre membre ». En revanche, toujours rien sur le poke…

Des mots anxiogènes

Dans un registre bien moins réjouissant, on trouve des mots déprimants venus tout droit du Québec comme « chialage » (pleurnicherie permanente), « traîneux » (personne désœuvrée), « être dans les patates » (être dans l’erreur, être perdu), « bourrasser » (malmener, ronchonner). Quant au « brol » (désordre, fouillis), nous le devons aux Belges. Grosse ambiance chez les Francophones !

D’autres mots à connotation anxiogène viennent compléter la liste, comme « viralité » et « psychoter ». Le premier désigne la rapidité de circulation des informations sur internet. Le second signifie « s’inquiéter inutilement ».

Pourtant, spontanément, on relie « viralité » à virus et « psychoter » à psychose ou à psychopathe, ce qui n’est pas très agréable. Idem avec « décomplexer » et « dédiaboliser » : si le résultat se veut positif, c’est « complexe » et « diable » que l’on garde en tête. Quant à « chelou » (verlan de « louche », suspect, bizarre), il plaît particulièrement à Alain Rey.

Moi, je trouve qu’il sent déjà la naphtaline, tout comme son cousin relou. Il est vrai que Le Robert ne fait qu’entériner les mots dont l’usage est déjà largement répandu.

Enfin, quelques expressions paraissent agressives comme l’anglicisme « clasher » (attaquer, critiquer) et « c’est une tuerie ! » pourtant méliorative. L’arrivée des « conspirationnistes », qui défendent la théorie d’une conspiration organisée pour manipuler l’opinion, et des « salafistes » n’est pas pour nous rassurer.

Des mots paresseux

Dans ce cru 2014, on trouve, sans surprise, de nombreuses dérivations, c’est-à-dire des mots qui changent de classe grammaticale par ajout d’un préfixe ou d’un suffixe. La tendance, c’est de former des verbes sur des noms.

La publicité et les journalistes s’en donnent à cœur joie : « Millionisez vos cils » (L’Oréal), « prenons le temps de biscuter ensemble » (Milka), « zlataner » (Les Guignols de l’Info, « L’Équipe »). Même Bernard Pivot s’est amusé, sur son compte Twitter, à proposer une définition de « montebourger », « hollander », « beckhamer » ou encore « cahuzaquer » !

 Au-delà du jeu, inventer de nouveaux verbes permet de gagner du temps et de la place, surtout si l’on a que 140 caractères à sa disposition. Dire le plus en un minimum de mots, voilà ce que les évolutions de la langue française doivent nous permettre.

Envoyer un texto ? Non, « texter » ! Donner le prix Nobel ? Non, « nobéliser » ! Susceptible de décrocher le prix Goncourt ? Vous voulez dire « goncourable » !

Même les Suisses sont devenus pressés ! Désormais, ils agendent, du verbe « agender », qui signifie « fixer une date pour ». Mais où va le monde ?

Seule consolation, on peut enfin dire sans se faire regarder de travers que le réalisateur Abdellatif Kechiche a été « palmé » au Festival de Cannes, ce qui donne, en plus, une association fort amusante à l’oral (attention cependant : la cane, femelle du canard ne prend qu’un « n »). Une évolution logique, « oscariser » ayant rejoint Le Robert l’année dernière.

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