Robert 2014 : ce que la bombasse, le kéké et le modeux disent de notre société

Article écrit pour le Plus/Nouvel Obs, édité par Henri Rouiller et parrainé par Aude Baron.

LE PLUS. Le Robert a accueille de nouveaux arrivants dans son édition de 2014. Parmi les plus surprenants, on retrouve « bombasse », « piapiater » ou encore « clasher ». Mais que veut vraiment dire cette sélection ? de quoi est-elle symptomatique pour notre société ? On en parle avec Sandrine Campese, blogueuse.

Des mots superficiels

Une « bombasse », un « modeux », un « kéké »… non, vous n’êtes pas dans un casting de téléréalité mais dans les pages du Petit Robert 2014. À force de s’imposer sur nos écrans et dans nos conversations, ces stéréotypes ont fini par entrer dans le dictionnaire. Respectivement « sexy », « à la mode » et « frimeur », les trois nouveaux venus brillent par leur superficialité.

Or, d’après l’homme politique et écrivain Désiré Nisard, « l’image la plus exacte de l’esprit français est la langue française elle-même ». Encore un effort, et Nabilla finira Quai de Conti.

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Ces mots coquins… qui n’en sont pas !

censure

Je roule tranquillement sur une route de campagne quand un cénobite [1] me fait signe. Jean, car c’est son prénom, me demande de le conduire au presbytère [2] afin qu’il puisse prêcher la bonne parole à dessein. Durant le trajet, le profès [3] m’explique qu’il pratique la cuniculiculture [4] et qu’il aime ça. Puis, il me propose de conduire, mais comme il est presbyte [5], il confond la biche qui traverse la route avec une cucurbitacée [6] et nous voilà embourbés sur le bas-côté. Divergent nos solutions pour dégager la voiture. Faute de consensus, je demande à Jean de pousser pendant que j’embraye mais Jean cule [7]. Le susnommé lève les mains au ciel et débite une prière vive et jaculatoire [8]. Entre temps, la nuit est tombée. « Vous avez de la chance que je sois nyctalope [9] » dis-je, tout en remarquant l’air concupiscent [10] de Jean. Après bien des efforts, nous arrivons enfin à destination. En guise de remerciement, il me confesse et cela me fait le plus grand bien.


[1] moine vivant en communauté

[2] du grec presbus, « vieux, ancien » : maison du curé

[3] qui a fait les vœux par lesquels on s’engage dans un ordre religieux

[4] du latin cuniculus, « lapin » : élevage de lapins

[5] du grec presbus, « vieux, ancien » : qui ne voit que de loin

[6] plante de la famille de la courge (melon, concombre…)

[7] culer : aller en arrière (se dit surtout d’un bateau)

[8] oraison jaculatoire : prière courte qu’on adresse au ciel

[9] qui voit bien la nuit

[10] « concupiscent » est une accumulation de « syllabes sales », comme on les appelait au XIXe siècle

La disparition du trait d’union

Le trait d’union s’est tiré.

Sans que personne ne s’en offusque, il a disparu de nos textes, même les plus courts. Comme je le comprends ! Depuis sa plus tendre enfance, on le confond avec son cousin le tiret, alors qu’il est plus long et a d’autres fonctions.

Si ce n’était que cela ! L’affront s’est poursuivi avec les mots composés. Avant, le trait d’union servait à les relier, désormais certains ont décidé de s’en passer : ils se sont « agglutinés ». Mais le coup de grâce a été donné, là, dans l’indifférence générale. Le trait d’union qui, à l’impératif, sert à relier le pronom à son verbe, eh bien celui-là aussi a disparu, à tort cette fois-ci !
Voici quelques exemples, à ne surtout pas suivre ! Il faut bien sûr écrire : « écris-moi », « fais-moi », « emmène-moi » (comme dans la chanson d’Aznavour) et « aide-toi ».

carte postale chien ecris moi

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