Auteur ou auteure ? Chef ou cheffe ?

La féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions, c’est un peu LE sujet sensible de la grammaire française. Sous la pression des féministes, de nombreux mots à l’origine « épicènes » (c’est-à-dire ayant la même forme au masculin et au féminin) ont été féminisés. De leur point de vue, le genre (grammatical) masculin traduit la domination du genre (sexuel) masculin.

Or, grammaticalement, le masculin est le genre indifférencié, asexué, qui correspond au neutre latin (souvenez-vous : templum, templum, templum !). Certains cas n’ayant pas encore été tranchés, on ne sait plus vraiment ce qu’il faut écrire sans écorcher la langue française ni heurter les susceptibilités. Voici deux exemples récents qui illustrent bien cette ambivalence.

affiche film les ames vagabondes

Sur l’affiche du film Les Âmes vagabondes,  Stephenie Meyer est qualifiée d’auteur sans « e ».

D’après le Grevisse, « auteur s’emploie, traditionnellement, tel quel au masculin pour les femmes, quel que soit le sens. Les directives officielles françaises en faveur de la féminisation laissent le choix entre une auteur et une auteure, qui se répand, surtout au Québec ».

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Dans la pub aussi, les opposés s’attirent !

À la télé, au ciné ou sur le net, vous avez sûrement vu le nouveau spot publicitaire pour Monoprix, enseigne de distribution connue pour ses calembours plus ou moins réussis

Intitulé « La bataille d’eau », le spot se termine sur la nouvelle signature de la marque : « Vivement aujourd’hui » qui joue sur l’opposition entre deux mots : « vivement » d’un côté, interjection marquant l’impatience, l’attente, la projection, et « aujourd’hui », qui désigne le moment présent. Naturellement, on s’attendrait à « vivement demain », ou à toute autre échéance future !

Justement, que ces mots de sens contraire (ou antonymes) soient rapprochés au sein d’un même groupe de mots (oxymore) ou au sein d’une ou plusieurs phrases (antithèse), ils produisent un effet de surprise, accrocheur et mémorisable, très recherché par les publicitaires. En voici quelques exemples :

Monoprix : « Vivement aujourd’hui »

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Pourquoi, au féminin, turc fait « turque » et grec fait « grecque » ?

Encore une aberration de la langue française ? Pas si sûr…

Que dit la règle ?

Pour former le féminin des adjectifs finissant par un « c », on remplace ce « c » par la terminaison -che ou -que selon les cas.

Exemples : sec devient « sèche », blanc devient « blanche, public devient « publique » et turc devient… « turque » !

À noter qu’il y a un piège pour franc qui a deux féminins : l’un en -que « franque » (relative aux Francs), l’autre en –che, « franche » (sincère).

Jusque là, tout va à peu près bien.

Mais alors, pourquoi « grec » ne suit-il pas cette règle ? Pourquoi ce « c » se maintient-il alors qu’il devrait disparaître ?

Il semblerait que la cause soit à chercher du côté de la prononciation…

En effet, pour maintenir au féminin, le « e ouvert » (= è) du masculin, on a coutume de doubler la consonne qui suit.

Exemple : net devient « nette », cruel devient « cruelle », etc.

Dans le cas de grec, doubler la consonne reviendrait à écrire « grecce ». Or, pour conserver le son [k] (on dit aussi le son « guttural ») devant « e »,  le second « c » se transforme en -qu, d’où « grecque » !

En résumé, « grec » conserve son « c » au féminin pour rétablir la prononciation du masculin, ce qui n’est pas le cas de « turc » dont la féminisation ne change en rien la prononciation (il n’y a pas de distinction à faire entre un « u » ouvert et un « u » fermé !).

Sources : le forum de World Reference, Le Bon usage (Grevisse en ligne) et le CNRTL.

Il en manque un bout !

Comment l’expression familière « bout de chou » (qui désigne un enfant mignon) est-elle devenue « bout’ chou » sur ce panneau ?

Elle a été victime non pas d’une mais de deux amputations !

panneau creche les bout'chous courbevoie

De « bout de chou » à « bout d’chou »

Ici, le « e » de la préposition « de » a disparu à l’oral, permettant une prononciation plus rapide. Or, cette nouvelle prononciation a fini par être retranscrite à l’écrit. Ce procédé, consistant à tronquer la fin d’un mot (qu’il s’agisse d’une lettre, d’une syllabe ou d’un son) est une apocope. Elle est très pratiquée par les gens « qui mangent leurs mots ». Par exemple, utiliser « t’ » à la place de « tu » (comme dans « t’as raison ») est une apocope. Prononcer « Mitt’rrand » au lieu de « Mitterrand » est une apocope. Oui, mais si l’apocope permet de gagner du temps, comment se fait-il qu’à Marseille, on ajoute à « pneu » (l’apocope de « pneumatique ») le son [eu] pour faire « peuneu » ?!!

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