C’est beau, c’est bon, c’est la langue de coton !

Hier, en faisant mes courses, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en lisant les emballages de cette escalope de dinde et de cette préparation pour crème dessert au chocolat.

La belle escalope de dinde le gauloisCreme dessert au bon chocolat Alsa

J’ai souri car je trouve absolument absurde pour une marque de qualifier son produit de « beau » ou de « bon », tant cela semble évident (auriez-vous envie d’acheter une escalope moche ou de manger du chocolat dégueu ? Non ? Bon.).

Comment ne pas penser au fabuleux sketch de Fernand Raynaud intitulé Les Oranges, que tout pubard devrait avoir vu à la sortie de l’école. Pour faire court, Fernand Raynaud vend des oranges sur le marché et pour en faire la publicité, il choisit d’écrire sur son ardoise :

Ardoise-avec---ici-on-vend-de-belles-oranges-pas-cheres---

Arrive son patron qui décortique la formule mot par mot et finit par les éliminer tous car ils sont vides de sens. Sur le mot « belle », justement : « Qu’est-ce que ça veut dire, ça, « de belles oranges » ? Elles sont pourries vos oranges ? »

Mais ce n’est pas qu’en marketing que sévit ce qu’on appelle communément la « langue de coton ». En politique aussi, il est courant de parler pour ne rien dire, et en la matière, la langue de coton se distingue de la « langue de bois ».

La langue de bois consiste, généralement en réponse à une question gênante, à pratiquer la stratégie de l’évitement, c’est-à-dire à botter en touche, quitte à dire un gros mensonge. On l’appelle aussi « le politiquement correct ».

À mon sens, l’exemple le plus caractéristique de la langue de bois, c’est lorsqu’on demande à un politique s’il sera candidat à de futures élections. À tous les coups, vous avez droit à ce type de réponse : « Ce n’est pas le sujet, il est encore trop tôt pour le dire, les Français attendent qu’on se préoccupe de leurs problèmes. C’est ce que je fais déjà dans mes fonctions actuelles et il n’y a que cela qui m’importe aujourd’hui ». Mon œil !

Le tout, s’il vous plaît, mâtiné d’une pincée d’indignation ou de moquerie qui semblent vouloir dire « Mais enfin, comment osez-vous me poser cette question ? », à l’instar de Chirac en 1995 face à Arlette Chabot qui lui demandait s’il comptait maintenir sa candidature contre un Balladur que les sondages donnaient gagnant.

Au final, l’un des seuls à avoir répondu à cette question sans détour et même avec humour, c’est Nicolas Sarkozy et son « pas simplement quand je me rase ». Pourtant, on était en novembre 2003, soit 3 ans et demi avant l’élection présidentielle de 2007. Qui dit mieux ?

Jean-François Copé ! Interrogé en 2010 sur une hypothétique candidature en 2012, il s’est positionné pour 2017, « Je parle aussi de 2017, c’est parce ce que ce sera mon rendez-vous personnel (…). Le rendez-vous qui est le mien avec les Français ». Encore heureux, pour celui qui, en 2006, a sorti un livre intitulé Promis, j’arrête la langue de bois !

Livre Jean Francois Cope Promis demain j arrete la langue de boisEn résumé, pour débusquer celui qui pratique la « langue de bois », il faut simplement se demander « répond-il à la question posée ? ».

NON = langue de bois !

Revenons à présent à notre « langue de coton ». Cette fois-ci, il ne s’agit pas de répondre à côté, mais de livrer un discours consensuel et creux.

Pour François-Bernard Huyghe, auteur de La langue de coton, « le coton est doux, il absorbe, on l’utilise pour anesthésier comme pour boucher les oreilles, c’est l’accessoire indispensable du maquillage, il protège et il apaise. »

Force est de constater que la langue de coton est dans tous les discours politiques, surtout ceux qui sont remplis de promesses et de bonnes intentions.

On peut citer par exemple, la fin du discours que François Hollande prononça au Bourget le 22 janvier 2012 :

Le changement c’est maintenant,

Le redressement, c’est maintenant,

La justice, c’est maintenant,

L’espérance, c’est maintenant,

La République, c’est maintenant,

L’heure du goûter, c’est maintenant,

Les soldes toute l’année, c’est maintenant,

La fin de l’hiver, c’est maintenant, etc., etc.

(Attention, les trois dernières lignes sont de moi).

En voilà des phrases consensuelles et creuses à souhait, que l’on peut mettre dans la bouche de n’importe quel leader politique.

Mais rassurez-vous, la langue de coton n’est pas franco-française, pour preuve cette brochure publiée par les Nations Unies en 2000 intitulée « Un monde meilleur pour tous ».

Pour débusquer celui qui pratique la langue de coton, une seule question à se poser : « pourrait-on dire le contraire ? ».

NON = langue de coton !

Enfin, souvenez-vous, une belle illustration de ce qu’est un discours interchangeable nous a été donnée dans le premier spectacle de Nicolas Canteloup. L’humoriste imite l’entraîneur Didier Deschamps commentant un match de foot qu’il juge « tant sur le plan tactique que technique ». Quelques minutes plus tard, il applique le même discours… à sa vie intime !

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  1. Je déteste la langue de bois!!! ou les discours mielleux
    des politiques droite ou gauche confondus on est d’accord. Cette
    langue visant à endormir l’auditoire sur des sujets. La langue de
    coton c’est la langue: Alice aux pays des Merveilles 🙂 tout sera
    beau etc…..

  2. «  je trouve absolument absurde pour une marque de
    qualifier son produit de « beau » ou de « bon » ». Il n’y a rien
    d’absurde. Il s’agit de faire appel aux émotions, de donner envie
    au consommateur. Le texte participe à cet objectif tout comme
    l’image. Sensible aux mots, vous devriez savoir qu’ils sont aussi
    des représentations mentales avec des connotations positives,
    négatives. Et quand bien même, on retrouve simplement une
    description du produit (escalope de dinde, crème chocolat), c’est
    le moins qu’on puisse exiger : une information élémentaire
    même si celle-ci vous semble évidente.

  3. Belle, beau, bon, je rejoins le point de vue de la
    rédactrice : où est l’émotion là-dedans ? Le copy ne s’est pas
    foulé, s’il y en a eu un.

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