Gazon maudit

Extrait d’une conversation entre deux promeneurs au château de Fontainebleau.

– Hé ! Regarde ce qu’il y a écrit sur ce panneau, c’est absurde ! Si la pelouse était « interdite », il n’y aurait pas de pelouse du tout ! Je veux dire, on ne l’aurait pas fait pousser à cet endroit. Ce qui est interdit, c’est l’accès à la pelouse. Tu suis?

– Ben on dit bien « sortie interdite » et personne ne s’en plaint.

– Oui, car il est interdit de sortir. Dans notre cas, est-il interdit de « pelouser »?

– Mouais… Tu verrais quoi à la place?

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Tweet et Tact

En temps de crise, une figure de style s’impose naturellement dans le paysage médiatique. C’est l’euphémisme bien sûr, utilisé pour atténuer une réalité désagréable. Récemment, par exemple, on a parlé d’un président « normal » pour ne pas dire inconsistant, d’ « efforts » plutôt de que rigueur, etc. Sur la toile aussi, l’euphémisme se décline, comme en témoigne ce message d’erreur vu sur Twitter :

« Twitter rencontre une anicroche » peut-on y lire. On avait bien « problème » ou « erreur », des termes couramment employés dans le jargon de l’informatique et du web. Mais pour faire patienter ses utilisateurs dans les meilleures conditions, Twitter a préféré piocher dans le langage littéraire.

En effet, l’anicroche, qui signifie « petite difficulté, léger obstacle », se rencontre notamment dans les oeuvres de Madame de Sévigné, Charles Péguy ou Louis-Ferdinand Céline.

Quant à celles et ceux qui n’ont pas pensé à relire leurs classiques avant d’aller twitter ? Un mot ignoré vaut sans doute mieux qu’un mot anxiogène… Sauf que phonétiquement, il y a dans « anicroche » quelque chose qui « cloche » et qui « accroche ». Est-ce parce le mot désigne, au sens propre, une arme recourbée en forme de bec ? Sous le masque du tact, souvent subsiste l’attaque !

Pesto au basilic : un pléonasme?

« Pesto au basilic » peut-on lire sur l’étiquette de ce pot de sauce.

Pesto au basilic ?

Ah parce que le pesto, ça peut se faire avec autre chose que du basilic peut-être ?

Un peu oui ! Selon les recettes, on peut le remplacer par (au choix) : de la roquette, de la mâche, de la marjolaine, du persil, des épinards, des artichauts, des courgettes, des petits pois, des orties, du fenouil, de la menthe, des champignons, des tomates (fraîches ou séchées), des poivrons, des fanes de radis… Je continue ?

On peut aussi troquer les pignons de pin contre des amandes, des pistaches, des noisettes, des graines de tournesol … Et utiliser du pecorino à la place du parmesan, à moins que l’on préfère mélanger les deux !

Heu… T’as pas la recette plutôt ?

En fait, le pesto est davantage une technique qu’une recette. Idem pour le curry (d’agneau), dont je parlais dans Les impostures culinaires : c’est un mode de cuisson avant d’être un plat.

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Et plus si affinité

Copain, camarade, collègue… bien souvent on utilise ces mots indifféremment, comme s’ils étaient plus ou moins synonymes d’ « amis ». Pourtant, leur étymologie renvoie à une signification bien précise.

D’origine latine, ils sont presque tous formés par la préposition cum, « avec » (devenue co- dans la plupart des cas) et d’un radical dérivé d’un verbe, d’un nom ou d’un adjectif.

Pour saisir le sens premier de chacun de ces mots, imaginons que je rencontre un parfait inconnu…

Si je partage un morceau de pain avec lui, il devient mon compagnon (cum + panis, pain) ou, plus familièrement, mon copain.

Je l’invite à ma table ? Il est mon commensal (cum + mensa, table).

À ce stade-là, bien sûr, il n’est encore qu’une connaissance (cum + noscere, apprendre à connaître).

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