Cinéma : les langues mortes ont la cote !

Cosmopolis, Prometheus, (The) Dictator … en mai et en juin, les films aux titres grecs et latins sont à l’honor ! L’occasion de nous pencher sur leur signification et de se souvenir de ceux qui nous ont marqués au cours des dernières décennies.

En compétition officielle à Cannes, Cosmopolis, de David Cronenberg, est composé de deux mots d’origine grec, kósmos « monde ordonné » et pólis «cité ». Cosmopolis semble ici utilisé à la place de « cosmopolite » (en anglais comme en français), à propos d’une grande ville peuplée par différentes nationalités. Sans doute faut-il y voir une référence au monde « globalisé » de la finance et du capitalisme, qui est ici montré du doigt.

Prometheus est le nom latin (emprunté au grec) de Prométhée, Titan de la mythologie grecque. Contrairement à son frère Épiméthée, « qui réfléchit après coup », Prométhée « pense par avance ». Souvenez-vous : il dérobe à Zeus le feu divin pour le confier aux hommes et les arracher ainsi à la vie sauvage. Pour le punir, Zeus le fait enchaîner sur le Caucase et torturer par un aigle qui vient lui ronger le foie. Prométhée serait aussi le créateur de l’humanité, façonnant le premier homme à partir d’un bloc d’argile mêlé d’eau. C’est à cette partie du mythe que le film de Ridley Scott semble se référer, Prometheus étant le nom du vaisseau qui part en expédition… à la recherche de nos origines.

Mais ce n’est pas la première fois que le réalisateur utilise les langues anciennes pour nommer l’un de ses films. En latin, Gladiator désigne celui qui combat avec le glaive (gladius). Le mot, passé tel quel en anglais, réussit à concilier mémoire antique et superproduction américaine. Il est à noter que le titre n’a pas été traduit en français par « Gladiateur », sauf au Québec, évidemment.

Quant au Terminator, il est en latin « celui qui termine ». Mais dans le film, Arnold Schwarzenegger ex-termine (l’ennemi). La traduction française en « terminateur » qui n’est pas très heureuse, s’applique en astronomie à la zone limite de lumière solaire à la surface de la lune. Même combat pour The Dictator, qui met en scène l’excentrique Sacha Baron Cohen : l’article « the » élimine, à première vue, toute référence au latin. Pourtant le mot est directement issu de dictare (dicter) pour désigner dans la République romaine, le magistrat unique investi de tous les pouvoirs dans certaines circonstances graves.

Au passage, il ne vous a pas échappé que ces noms s’appliquent sinon à des héros, au moins à des personnages réputés pour leur force et leur autorité. Les références antiques ne sont pas sans rappeler la grandeur des civilisations grecques et romaines qui ont façonné le monde occidental dans lequel nous vivons.

Et ce n’est pas Invictus (invaincu) de Clint Eastwood, qui contrarie la tendance. Il reprend le titre du poème de William Ernest Henley, écrit en 1875. Sa lecture aida Nelson Mandela à garder espoir pendant ses 27 années passées en prison. Il se conclut par les fameux vers, devenus devise du film : « I am the master of my fate. I am the captain of my soul” (« Je suis le maître de mon destin. Je suis le capitaine de mon âme »).

Enfin, je ne peux résister à la tentation de citer le cultissime Hibernatus avec Louis de Funès, dont le titre dérive du latin hibernum (hiver). Ici, l’usage d’une langue ancienne permet de contextualiser le film, de le rendre délicieusement désuet, et pour cause, il traite du retour à la vie moderne d’un « hiberné » ayant passé 65 ans dans la glace…

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