Peut-on dire d’un film qui n’est pas encore sorti que c’est « déjà un classique »?

Dans un précédent billet, je pestais contre cette boulimie d’adverbes utilisés pour faire la promotion de certains films.

S’il n’est pas question d’adverbes cette fois-ci, l’exagération est une nouvelle fois de mise.

En effet, sur les affiches du nouveau film de Clint Eastwood, J.Edgar, qui sort en salle demain, on a pu lire l’appréciation suivante : « Déjà un classique. »

Laissons l’art de côté et intéressons-nous plutôt à l’usage commun du mot. Au XIXe s., il qualifie d’abord, avec une nuance péjorative, ce qui ne s’écarte pas des règles établies. Puis, il désigne ce « qui fait autorité », avant de signifier, familièrement, « ordinaire, normal ». (Exemple: « Tu as pris deux kilos pendant les fêtes? Classique!).

Dans notre exemple, « classique » a le sens de ce qui fait autorité, c’est une référence, et même la référence. Cela suppose une résistance au temps (et au zapping ambiant), un certain consensus de la part de la critique, de préférence professionnelle. Les amateurs utiliseront plus volontiers le terme « culte », qui est aussi plus populaire. On dira ainsi que Le père Noël est une ordure est un film culte. Et un film culte a forcément des répliques cultes. Des parodies aussi. Une chanson dite « classique » a forcément des reprises ( Shakira chantant Cabrel…). Mais ce qui est classique ou culte polarise une attente si forte que la déception est parfois au rendez-vous. Ce qui plaît à un certain public, à une certaine époque, n’a pas toujours vocation à perdurer.

Suivant cette même logique, « classique » caractérise ce qui est incontournable, ce qu’il faut absolument connaître. « Comment, tu n’as pas encore vu J.Edgar? Mais c’est un classique! ». « Classique » est facilement moralisateur, voire carrément élitiste : « Hé, ho, faut réviser tes classiques! ». Parfois on rajoute même une couche culpabilisatrice : « C’est un grand classique! »

Ah! j’oubliais, un classique se consomme, se voit, se revoit, s’écoute, se réécoute, se lit, se relit, jusqu’à l’overdose parfois. Ce ne sont pas les inconditionnel(le)s de Dirty Dancing qui vous diront le contraire!

À l’heure où j’écris ces lignes, je ne peux pas encore vous dire si le nouveau Clint est « déjà un classique »  car je manque légèrement de recul ! Il se trouve que je n’ai pas eu la chance de me rendre aux Etats-Unis depuis le 11 novembre 2011 (date de sa sortie outre-Atlantique), je n’ai pas d’amis experts en piratage de films, ni d’accointances chez les journalistes « culture » qui  non seulement ont le privilège de voir les films avant tout le monde mais également le pouvoir de décider si un film doit, et ce avant même sa diffusion grand public, passer à la postérité. Elitiste, je vous disais!

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  1. ‎ »C’est d’un classique » pour les critiques de faire usage de cette expression pour des oeuvres à peine sorties;-) mais parfois c’est heureusement à raison qu’ils le font : En 1996, le magazine, les inrocks parlait de « classique instantané » pour un autre film d’Eastwood : « Sur la route de Madison » exemple pris, bien entendu au hasard O:-)

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