Cou(p) de coeur

Que les mauvaises langues n’aillent pas dire que je suis contre les jeux de mots dans la pub !

Celui-ci, par exemple, je l’aime bien.

Jouer sur les homophones coup et cou, au sein de l’expression boire un coup est une chouette idée. Surtout en plein Twilight 4 !

Saviez-vous que dans les expressions boire un coup, payer un coup, un petit coup, un coup de rouge… coup signifie (depuis le XIVe s.) « quantité de liquide que l’on boit en une fois »?

En espérant que les sms-addicts n’en abusent pas …

Un jour, une faute

J’ai regardé dernièrement l’émission Un jour un destin consacrée à Bernard Tapie et diffusée sur France 2 le 18 novembre.

Ce documentaire, qui rend hommage à une personnalité « ayant marqué l’histoire », se découpe en chapitres, chacun correspondant à une étape de sa vie.

Pour Bernard Tapie par exemple, le chapitre qui traite de l’époque où il achetait des sociétés pour les revendre s’appelle « le faiseur de fric ». Mais c’est le chapitre intitulé « le retour du phoenix » qui a attiré mon attention (je ne parle pas du fond, fort intéressant par ailleurs, mais du titre).

D’abord, pourquoi avoir écrit phénix en latin « phoenix »? Est-ce un clin d’oeil au groupe de pop français ? Curieux mélange des genres…

Mais il y a pire ! Par définition, le phénix est un oiseau fabuleux au plumage pourpre qui renaît toujours de ses cendres après s’être consumé sous l’effet de sa propre chaleur. Il symbolise ainsi les cycles de mort et de résurrection.

La Fontaine l’a mis à l’honneur dans Le Corbeau et le Renard : « Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois ». A noter que cet emploi comme métaphore pour désigner une personne (et même une chose) unique, exceptionnelle, n’a plus cours aujourd’hui.

Parler du « retour du phénix » relève donc du pléonasme.

En fouillant un peu, j’ai retrouvé l’ouvrage qui a peut-être influencé le choix de ce titre. Ecrit par Airy Routier du Nouvel Obs, il s’intitule : Le Phénix : le retour de Bernard Tapie.

Dans ce cas, la formule, bien qu’insistante, est correcte.

Les impostures culinaires (ou comment votre assiette vous ment)

Raymond Devos, dans un excellent sketch, prenait son public à témoin : « Avez-vous remarqué qu’à table les mets que l’on vous sert vous mettent les mots à la bouche ? »Et l’humoriste de se moquer, tout en maniant les subtilités de la langue française avec le talent qu’on lui connaît, de ces individus qui, littéralement, « alimentent la conversation », c’est-à-dire parlent la bouche pleine !

Pourtant, mettre des mots sur des mets (sans mastiquer en même temps !) est non seulement agréable pour nos sens et pour notre estomac, mais peut éviter bien des déconvenues. Car à l’oreille, l’appellation de certains aliments, qu’ils soient exotiques, rares ou raffinés, se révèle très équivoque…

Il y a d’abord les plats dont le nom semble « à l’envers », comme le curry d’agneau. Pourquoi ne dit-on pas tout simplement de l’agneau au curry ? Pourquoi diable l’épice est-elle placée avant la viande?

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La femme-objet vue par Dim

Je suis loin d’être une féministe de la première heure, mais là j’avoue être assez choquée par cette affiche et son claim « Je suis le plus joli feu rouge de Paris ».

Et puis quoi encore? Y avait-il seulement une femme au sein de l’équipe créative?

On connaissait les pubs neu-neu de Dim, place aux pubs d’après-guerre, bien régressives! Etrange pour une marque qui, par essence, est censée mettre les femmes à l’honneur.

Là, c’est plutôt l’horreur.

Par chance, ce n’est pas une, mais deux poubelles qui se trouvent juste à côté!

L’ordinateur a-t-il un coeur?

« Votre ordinateur va redémarrer dans 30 secondes ! » Et pourquoi pas « s’autodétruira » pendant qu’on y est ? Vous le connaissez bien, ce petit message qui apparaît en bas à droite de votre écran, pile-poil au moment où vous écrivez le mail qui va décider de votre vie pour les dix prochaines années.

Ce ton péremptoire a le chic pour m’oppresser et à chaque fois le même vent de panique s’empare de moi. J’aimerais simplement qu’on (d’ailleurs qui ?) me pose poliment la question. Heureusement il nous est permis de repousser l’échéance, à quelques heures près, jusqu’à 15 jours. Pour me venger, je choisis toujours la peine maximum. C’est idiot bien sûr, car ces manœuvres sont nécessaires au bien-être de nos ordinateurs (et indirectement au nôtre) mais quelle impression désagréable de se voir ainsi forcer la main !

Impression qui invite à une réflexion plus large (et plus sérieuse) sur les mots de l’informatique et du web.

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Un L un peu trop collant…

Voici comme s’intitule la nouvelle campagne d’affichage DIM pour la collection « Mod » automne-hiver 2011. Douze visuels, où l’on voit des mannequins aux jambes interminables photographiés dans différents endroits de Paris.

C’est donc bien de promenades qu’il s’agit. Je ne vois aucune allusion à la musique. Alors, pourquoi avoir orthographié ballades avec deux -l- ? Si cette confusion entre les homophones balade et ballade est (trop) courante, il est toujours étonnant de la voir ainsi « assumée » par une grande marque.

Or, quand on y regarde de plus près, on découvre que ces deux « faux-frères » entretiennent, depuis leur origine, des liens très étroits…

Le nom féminin ballade – emprunté à l’ ancien provençal ballada « chanson à danse, petit poème chanté » – s’est d’abord orthographié balade. C’est au XVIe siècle que le « l » se double. Il désigne aujourd’hui une composition musicale ou poétique (ex: les ballades de Chopin).

Or, le verbe « balader », qui signifiait « chanter des ballades » jusqu’au XVIe s., a gardé le « l » unique de l’ancienne graphie.

Mais d’où vient le sens actuel de « promenade »? Comme les jongleurs et aussi les mendiants allaient par les villes en chantant des ballades dans les carrefours, le verbe a signifié dans l’argot du XVIIe « aller en demandant l’aumône, en mendiant ». De là, on est passé à l’emploi familier pour « marcher sans but, flâner » jusqu’à la forme pronominale « se balader » (1858).

Sur ce verbe s’est formé le nom féminin balade, pour désigner, dans le langage familier, l’action de se promener et la promenade.

Cet exemple montre comment l’étymologie des mots permet de comprendre les subtilités de notre orthographe…et les motivations inconscientes de nos fautes (mais cela reste à démontrer !).