Robert 2014 : ce que la bombasse, le kéké et le modeux disent de notre société

Article écrit pour le Plus/Nouvel Obs, édité par Henri Rouiller et parrainé par Aude Baron.

LE PLUS. Le Robert a accueille de nouveaux arrivants dans son édition de 2014. Parmi les plus surprenants, on retrouve "bombasse", "piapiater" ou encore "clasher". Mais que veut vraiment dire cette sélection ? de quoi est-elle symptomatique pour notre société ? On en parle avec Sandrine Campese, blogueuse.

Des mots superficiels

Une "bombasse", un "modeux", un "kéké"… non, vous n’êtes pas dans un casting de téléréalité mais dans les pages du Petit Robert 2014. À force de s’imposer sur nos écrans et dans nos conversations, ces stéréotypes ont fini par entrer dans le dictionnaire. Respectivement "sexy", "à la mode" et "frimeur", les trois nouveaux venus brillent par leur superficialité.

Or, d’après l’homme politique et écrivain Désiré Nisard, "l’image la plus exacte de l’esprit français est la langue française elle-même". Encore un effort, et Nabilla finira Quai de Conti.

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Auteur ou auteure ? Chef ou cheffe ?

La féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions, c’est un peu LE sujet sensible de la grammaire française. Sous la pression des féministes, de nombreux mots à l’origine "épicènes" (c’est-à-dire ayant la même forme au masculin et au féminin) ont été féminisés. De leur point de vue, le genre (grammatical) masculin traduit la domination du genre (sexuel) masculin.

Or, grammaticalement, le masculin est le genre indifférencié, asexué, qui correspond au neutre latin (souvenez-vous : templum, templum, templum !). Certains cas n’ayant pas encore été tranchés, on ne sait plus vraiment ce qu’il faut écrire sans écorcher la langue française ni heurter les susceptibilités. Voici deux exemples récents qui illustrent bien cette ambivalence.

affiche film les ames vagabondes

Sur l’affiche du film Les Âmes vagabondes,  Stephenie Meyer est qualifiée d’auteur sans "e".

D’après le Grevisse, "auteur s’emploie, traditionnellement, tel quel au masculin pour les femmes, quel que soit le sens. Les directives officielles françaises en faveur de la féminisation laissent le choix entre une auteur et une auteure, qui se répand, surtout au Québec".

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Pourquoi, au féminin, turc fait « turque » et grec fait « grecque » ?

Encore une aberration de la langue française ? Pas si sûr…

Que dit la règle ?

Pour former le féminin des adjectifs finissant par un "c", on remplace ce "c" par la terminaison -che ou -que selon les cas.

Exemples : sec devient "sèche", blanc devient "blanche, public devient "publique" et turc devient… "turque" !

À noter qu’il y a un piège pour franc qui a deux féminins : l’un en -que "franque" (relative aux Francs), l’autre en -che, "franche" (sincère).

Jusque là, tout va à peu près bien.

Mais alors, pourquoi "grec" ne suit-il pas cette règle ? Pourquoi ce "c" se maintient-il alors qu’il devrait disparaître ? 

Il semblerait que la cause soit à chercher du côté de la prononciation…

En effet, pour maintenir au féminin, le "e ouvert" (= è) du masculin, on a coutume de doubler la consonne qui suit.

Exemple : net devient "nette", cruel devient "cruelle", etc.

Dans le cas de grec, doubler la consonne reviendrait à écrire "grecce". Or, pour conserver le son [k] (on dit aussi le son "guttural") devant "e",  le second "c" se transforme en -qu, d’où "grecque" !

En résumé, "grec" conserve son "c" au féminin pour rétablir la prononciation du masculin, ce qui n’est pas le cas de "turc" dont la féminisation ne change en rien la prononciation (il n’y a pas de distinction à faire entre un "u" ouvert et un "u" fermé !).

Sources : le forum de World Reference, Le Bon usage (Grevisse en ligne) et le CNRTL.

8 tics de langage à faire taire d’urgence !

Ils servent à meubler notre discours, à nous détacher de notre propos, à conclure sans faire le moindre effort, à interpeller notre interlocuteur (qui n’a rien demandé). Ces mots parasites trahissent notre maladresse et notre manque de maîtrise. Mais pour parvenir à s’en débarrasser, encore faut-il savoir les identifier. D’abord chez autrui, puis dans notre propre langage. Florilège.

 ___ J’avoue ___

« - Franchement, Justin Bieber, il est trop beau ! - J’avoue. »

Que vient faire l’aveu d’une culpabilité dans un échange aussi futile ? Un « oui, c’est vrai » ne ferait-il pas aussi bien l’affaire ?

Relevant du langage parlé et populaire, ce « J’avoue » est à comprendre au sens de « Ça m’embête de te le dire, mais oui » ou « Je dois bien reconnaître que tu as raison ».

Dans ce cas, on « avoue » pour confirmer une affirmation (positive ou négative) donnée avec force par autrui et sur laquelle on n’a pas envie de polémiquer.

« – Sérieux comment c’est galère de venir chez toi ! - J’avoue. » ou « - Sérieux comment elle est relou ta mère ! - J’avoue ».

Cependant, tous les aveux ne se valent pas : « Chéri, tu m’as trompée ! - J’avoue. »

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La concaténation, c’est fashion !

Quel est le point commun entre la chanson d’un boys band anglais, la tirade d’une pièce de Molière et une comptine pour enfants ? À première vue pas grand-chose ! Pourtant elles utilisent toutes les trois un procédé stylistique fondé sur la répétition et qui répond au doux nom de « concaténation ». Explications.

Glad you came de The Wanted

Impossible que vous soyez passé à côté du tube de l’été dernier ! Mais pour celles et ceux qui auraient oublié, voici une piqûre de rappel :

 

Pour identifier la figure de style qui s’y cache, il n’est pas nécessaire de connaître l’anglais, il suffit de concentrer son attention sur les paroles suivantes :

Turn the lights out now
Now I’ll take you by the hand
Hand you another drink
Drink it if you can
Can you spend a little time
Time is slipping away
Away from us so stay
Stay with me I can make
Make you glad you came

Avez-vous remarqué que le mot qui termine chaque phrase est repris au début de la phrase suivante ? Ce procédé de redoublement s’appelle l’anadiplose. Et une suite d’anadiploses forme une concaténation.

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Le latin, parce que vous le valez bien !

Quand on vous dit « latin », vous pensez (dans le pire des cas) au Moyen Âge, à la messe, et à cette vieille peau de Madame Piard qui vous rabâchait les oreilles en 5e avec  « rosa, rosa, rosam ». Au mieux, vous êtes dans le déni, car pour vous, seuls les sombreros, la salsa et Shakira sont véritablement « latins ».

Or, si 80% de notre vocabulaire français provient du latin (mais ça, Madame Piard vous l’a déjà dit), bon nombre de marques de produits ou de services que nous utilisons au quotidien portent des noms latins ou fortement inspirés du latin (mais ça, elle a « oublié » de vous le dire). Tout au long de la journée, nous lisons, nous prononçons ces mots latins sans toujours nous en rendre compte. La preuve heure par heure.

7h00 - Comme chaque matin, je n’entends pas mon réveil sonner. Normal, depuis que les nouveaux voisins ont emménagé avec leur bébé, je dors avec des boules QUIES (quies, quietis « repos, calme ») [1].

7h42 - Enfin levée, je file à la cuisine pour prendre mon petit-déjeuner. J’ouvre une brique de CANDIA (candidus, « blanc ») mais comme je suis toujours dans le coaltar, je m’entaille le doigt en attrapant un couteau. Vite, un URGO (urgeo, « s’occuper avec insistance de quelque chose ») !

8h05 - Direction la salle de bain. Après m’être douchée avec SANEX (sanus, « sain »), je me tartine le corps de crème NIVEA (nix, nivis, « neige ») puis je brosse mes dents avec du dentifrice aux plantes de chez VADEMECUM (vade mecum, « va avec moi »).

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"Zlataner" dans le dictionnaire? Ce n’est pas pour tout de suite !

Mercredi, la rédaction du Plus/Nouvel Obs m’a contactée pour savoir ce que je pensais du terme "zlataner". Voici ma réponse.

L’émergence du verbe "zlataner" ne m’a pas étonnée. Si ce "néologisme", d’abord créé par les Guignols de l’info, a été repris en une de l’Équipe et commenté par des pointures comme Bernard Pivot ou Alain Rey, c’est qu’il accroche.

Du point de vue de l’évolution de la langue française, on remarque que des noms communs sont de plus en plus souvent utilisés pour former des verbes. Je pense aux signatures publicitaires "millionnisez vos cils !" (L’Oréal) ou plus récemment "Prenons le temps de biscuiter ensemble" (Milka).

Avec "zlataner", la nouveauté consiste à former un verbe à partir d’un nom propre. Car si l’on utilise fréquemment les noms de politiques pour former des adjectifs (mitterrandien, sarkozyste…), il est rarissime qu’un patronyme célèbre inspire un verbe.

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« Je t’emmerde avec un grand A » : du bon usage de l’alphabet.

On la connaît tous, cette tournure emphatique qui consiste à épeler la première lettre d’un mot tout en la faisant précéder de l’adjectif « grand ». La plus courante semble être « l’amour avec un grand A » qui qualifie l’amour absolu, unique, sincère auquel nous aspirons tous (sans doute par opposition à l’amour moche-mesquin-menteur que nous connaissons tous).

Jusque-là rien de bien compliqué, c’est du niveau CP ! Sauf que depuis quelques temps, l’expression – comme la langue française dans son ensemble – est maltraitée. En cause, la télé-réalité, mais aussi la publicité. Retour sur quelques maladresses plus ou moins volontaires… et plus ou moins pardonnables !

Tout a commencé en 2002, lorsque David, le beau gosse de Loft Story 2, adresse à un autre candidat (Kamel ?) cette phrase assassine : « je t’emmerde avec un grand A ». Hilarité de la presse (Ça aurait balancé sur Twitter !). Humiliation du principal intéressé qui n’apprécie pas d’être pris pour un « teubé ». Malheureusement, c’est tout ce que l’on retiendra de son passage dans l’émission.

Même combat pour Didier de l’Amour est aveugle, qui déclare en 2011 : « l’expérience aura réussi si jamais je rencontre la femme avec un grand A ». A-ïe ! Que s’est-il passé ?

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Pourquoi y a-t-il autant de coups dans le foot ?

Si un match (pardon, une partie) de football n’a rien à voir avec un combat de boxe (un combat de coqs à la rigueur !), le terme coup revient à de très nombreuses reprises. Or l’étymologie renvoie bien au coup de poing, et même au coup de poing à la tempe, pouvant être mortel (brrr !). Mais comment est-on passé du poing au pied, et surtout, quel est le sens exact du mot appliqué au football ?

Difficile d’envisager de jouer au foot si on ne sait pas donner de coup de pied dans le ballon pour le faire rouler. Dans ce cas, le sens est bien celui d’un « mouvement par lequel un corps en heurte un autre ». C’est cette première frappe qui est à l’origine du coup d’envoi, marquant le commencement du match.

Mais c’est avec le coup du chapeau et le coup du sombrero que coup prend le sens de tour : « tour de force » voire « tour de magie ». Mais que viennent faire ces histoires de couvre-chefs dans notre affaire de « balle au pied » ?

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