Ces mots coquins… qui n’en sont pas !

censure

Je roule tranquillement sur une route de campagne quand un cénobite [1] me fait signe. Jean, car c’est son prénom, me demande de le conduire au presbytère [2] afin qu’il puisse prêcher la bonne parole à dessein. Durant le trajet, le profès [3] m’explique qu’il pratique la cuniculiculture [4] et qu’il aime ça. Puis, il me propose de conduire, mais comme il est presbyte [5], il confond la biche qui traverse la route avec une cucurbitacée [6] et nous voilà embourbés sur le bas-côté. Divergent nos solutions pour dégager la voiture. Faute de consensus, je demande à Jean de pousser pendant que j’embraye mais Jean cule [7]. Le susnommé lève les mains au ciel et débite une prière vive et jaculatoire [8]. Entre temps, la nuit est tombée. « Vous avez de la chance que je sois nyctalope [9] » dis-je, tout en remarquant l’air concupiscent [10] de Jean. Après bien des efforts, nous arrivons enfin à destination. En guise de remerciement, il me confesse et cela me fait le plus grand bien.


[1] moine vivant en communauté

[2] du grec presbus, « vieux, ancien » : maison du curé

[3] qui a fait les vœux par lesquels on s’engage dans un ordre religieux

[4] du latin cuniculus, « lapin » : élevage de lapins

[5] du grec presbus, « vieux, ancien » : qui ne voit que de loin

[6] plante de la famille de la courge (melon, concombre…)

[7] culer : aller en arrière (se dit surtout d’un bateau)

[8] oraison jaculatoire : prière courte qu’on adresse au ciel

[9] qui voit bien la nuit

[10] « concupiscent » est une accumulation de « syllabes sales », comme on les appelait au XIXe siècle

La disparition du trait d’union

Le trait d’union s’est tiré.

Sans que personne ne s’en offusque, il a disparu de nos textes, même les plus courts. Comme je le comprends ! Depuis sa plus tendre enfance, on le confond avec son cousin le tiret, alors qu’il est plus long et a d’autres fonctions.

Si ce n’était que cela ! L’affront s’est poursuivi avec les mots composés. Avant, le trait d’union servait à les relier, désormais certains ont décidé de s’en passer : ils se sont « agglutinés ». Mais le coup de grâce a été donné, là, dans l’indifférence générale. Le trait d’union qui, à l’impératif, sert à relier le pronom à son verbe, eh bien celui-là aussi a disparu, à tort cette fois-ci !
Voici quelques exemples, à ne surtout pas suivre ! Il faut bien sûr écrire : "écris-moi", "fais-moi", "emmène-moi" (comme dans la chanson d’Aznavour) et "aide-toi".

carte postale chien ecris moi

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Auteur ou auteure ? Chef ou cheffe ?

La féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions, c’est un peu LE sujet sensible de la grammaire française. Sous la pression des féministes, de nombreux mots à l’origine "épicènes" (c’est-à-dire ayant la même forme au masculin et au féminin) ont été féminisés. De leur point de vue, le genre (grammatical) masculin traduit la domination du genre (sexuel) masculin.

Or, grammaticalement, le masculin est le genre indifférencié, asexué, qui correspond au neutre latin (souvenez-vous : templum, templum, templum !). Certains cas n’ayant pas encore été tranchés, on ne sait plus vraiment ce qu’il faut écrire sans écorcher la langue française ni heurter les susceptibilités. Voici deux exemples récents qui illustrent bien cette ambivalence.

affiche film les ames vagabondes

Sur l’affiche du film Les Âmes vagabondes,  Stephenie Meyer est qualifiée d’auteur sans "e".

D’après le Grevisse, "auteur s’emploie, traditionnellement, tel quel au masculin pour les femmes, quel que soit le sens. Les directives officielles françaises en faveur de la féminisation laissent le choix entre une auteur et une auteure, qui se répand, surtout au Québec".

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Dans la pub aussi, les opposés s’attirent !

À la télé, au ciné ou sur le net, vous avez sûrement vu le nouveau spot publicitaire pour Monoprix, enseigne de distribution connue pour ses calembours plus ou moins réussis

Intitulé "La bataille d’eau", le spot se termine sur la nouvelle signature de la marque : "Vivement aujourd’hui" qui joue sur l’opposition entre deux mots : "vivement" d’un côté, interjection marquant l’impatience, l’attente, la projection, et "aujourd’hui", qui désigne le moment présent. Naturellement, on s’attendrait à "vivement demain", ou à toute autre échéance future !

Justement, que ces mots de sens contraire (ou antonymes) soient rapprochés au sein d’un même groupe de mots (oxymore) ou au sein d’une ou plusieurs phrases (antithèse), ils produisent un effet de surprise, accrocheur et mémorisable, très recherché par les publicitaires. En voici quelques exemples :

Monoprix : "Vivement aujourd’hui"

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Pourquoi, au féminin, turc fait « turque » et grec fait « grecque » ?

Encore une aberration de la langue française ? Pas si sûr…

Que dit la règle ?

Pour former le féminin des adjectifs finissant par un "c", on remplace ce "c" par la terminaison -che ou -que selon les cas.

Exemples : sec devient "sèche", blanc devient "blanche, public devient "publique" et turc devient… "turque" !

À noter qu’il y a un piège pour franc qui a deux féminins : l’un en -que "franque" (relative aux Francs), l’autre en -che, "franche" (sincère).

Jusque là, tout va à peu près bien.

Mais alors, pourquoi "grec" ne suit-il pas cette règle ? Pourquoi ce "c" se maintient-il alors qu’il devrait disparaître ? 

Il semblerait que la cause soit à chercher du côté de la prononciation…

En effet, pour maintenir au féminin, le "e ouvert" (= è) du masculin, on a coutume de doubler la consonne qui suit.

Exemple : net devient "nette", cruel devient "cruelle", etc.

Dans le cas de grec, doubler la consonne reviendrait à écrire "grecce". Or, pour conserver le son [k] (on dit aussi le son "guttural") devant "e",  le second "c" se transforme en -qu, d’où "grecque" !

En résumé, "grec" conserve son "c" au féminin pour rétablir la prononciation du masculin, ce qui n’est pas le cas de "turc" dont la féminisation ne change en rien la prononciation (il n’y a pas de distinction à faire entre un "u" ouvert et un "u" fermé !).

Sources : le forum de World Reference, Le Bon usage (Grevisse en ligne) et le CNRTL.

Il en manque un bout !

Comment l’expression familière « bout de chou » (qui désigne un enfant mignon) est-elle devenue « bout’ chou » sur ce panneau ?

Elle a été victime non pas d’une mais de deux amputations !

panneau creche les bout'chous courbevoie

De « bout de chou » à « bout d’chou »

Ici, le « e » de la préposition "de" a disparu à l’oral, permettant une prononciation plus rapide. Or, cette nouvelle prononciation a fini par être retranscrite à l’écrit. Ce procédé, consistant à tronquer la fin d’un mot (qu’il s’agisse d’une lettre, d’une syllabe ou d’un son) est une apocope. Elle est très pratiquée par les gens « qui mangent leurs mots ». Par exemple, utiliser « t’ » à la place de « tu » (comme dans « t’as raison ») est une apocope. Prononcer "Mitt’rrand" au lieu de "Mitterrand" est une apocope. Oui, mais si l’apocope permet de gagner du temps, comment se fait-il qu’à Marseille, on ajoute à « pneu » (l’apocope de « pneumatique ») le son [eu] pour faire « peuneu » ?!!

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Comment le pivois a mis Pivot sur le pavois

Vendredi dernier, je suis allée voir Bernard Pivot qui officiait pendant quatre petits jours seulement au Théâtre du Rond-Point. Un événement que je n’aurais raté pour rien au monde !

Pendant plus d’une heure, débout devant son pupitre ou assis dans l’authentique fauteuil d’Apostrophes, il nous a conté les meilleurs mots-ments de sa vie.

À l’évocation du premier mot,  jeunesse, le voici tantôt crâneur au volant d’un triporteur de fruits et légumes (ses parents étaient épiciers), tantôt stratège à bord d’un train fantôme, profitant, avec la complicité d’un « gratteur de tête », du contact physique de jeunes filles apeurées. Ces souvenirs de fête foraine ont inspiré son premier (et longtemps unique) roman L’amour en vogue (1959).

Arrive le temps des vendanges, véritable éveil à la sensualité à la vue de ces « Fragonardes » (mot inventé par Colette en 1932 pour désigner des femmes pulpeuses, telles que Fragonard les peignait) qui se penchaient pour cueillir les raisins. C’est d’ailleurs grâce au vin qu’à 23 ans, Bernard Pivot se tire d’affaire d’un entretien d’embauche – qui semble mal engagé – au Figaro Littéraire. Maurice Noël, alors directeur du journal et grand amateur de Beaujolais, alléché par la proposition du jeune Pivot de lui faire goûter la cuvée parentale, le prend trois mois à l’essai.

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8 tics de langage à faire taire d’urgence !

Ils servent à meubler notre discours, à nous détacher de notre propos, à conclure sans faire le moindre effort, à interpeller notre interlocuteur (qui n’a rien demandé). Ces mots parasites trahissent notre maladresse et notre manque de maîtrise. Mais pour parvenir à s’en débarrasser, encore faut-il savoir les identifier. D’abord chez autrui, puis dans notre propre langage. Florilège.

 ___ J’avoue ___

« - Franchement, Justin Bieber, il est trop beau ! - J’avoue. »

Que vient faire l’aveu d’une culpabilité dans un échange aussi futile ? Un « oui, c’est vrai » ne ferait-il pas aussi bien l’affaire ?

Relevant du langage parlé et populaire, ce « J’avoue » est à comprendre au sens de « Ça m’embête de te le dire, mais oui » ou « Je dois bien reconnaître que tu as raison ».

Dans ce cas, on « avoue » pour confirmer une affirmation (positive ou négative) donnée avec force par autrui et sur laquelle on n’a pas envie de polémiquer.

« – Sérieux comment c’est galère de venir chez toi ! - J’avoue. » ou « - Sérieux comment elle est relou ta mère ! - J’avoue ».

Cependant, tous les aveux ne se valent pas : « Chéri, tu m’as trompée ! - J’avoue. »

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Une pub ébaubissante, épastrouillante, épatarouflante !

En matière de langue française, on sait que la pub est capable du pire. La dernière campagne d’affichage de Sephora, avec ces néologismes maladroits et futiles, nous en a donné une belle illustration. Mais quand, pour attirer de nouveaux visiteurs, la ville de Poitiers choisit de (re)mettre à l’honneur des mots rares et oubliés, littéraires et familiers, l’idée est vraiment bien trouvée !

Poitiers capitale romane ebaubissant

Ébaubissant : sensationnel, stupéfiant (du verbe ébaubir "étonner grandement").

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Le latin, parce que vous le valez bien ! (suite et fin)

Souvenez-vous, dans un précédent billet, je faisais l’inventaire des marques aux noms latins ou dérivés du latin. Et Dieu sait si elles étaient nombreuses ! Pour autant, il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse et croire que toutes les marques finissant en -us ou en -ex sont d’origine latine ! Il était donc indispensable de dresser la liste de ces faux-amis, c’est-à-dire ces mots qui ont tout l’air d’être latins, mais qui ne sont pas latins…

9h30 – Le réveil de Caroline sonne (elle est en RTT aujourd’hui). Une fois levée, elle se prend les pieds dans les LEGO (contraction du danois legodt, « joue bien »[1]) de son fils qui jonchent le tapis.

10h30 - Après avoir pris son petit déjeuner, Caroline fait la vaisselle à l’aide de son éponge SPONTEX (contraction de spongieux et textile), puis fait tourner une machine avec OMO (acronyme anglais de Old Mother Owl, « vieille maman chouette »).[2]

11h45- Caroline a la flemme de préparer le repas. Ce sera des bâtonnets de poisson FINDUS (contraction du suédois Frukt – Industrin, société de conserves de fruits et légumes) pour tout le monde !

15h – Après déjeuner, Caroline s’habille, met sa ROLEX (anagramme partiel d’horlogerie exquise) et chausse ses escarpins ERAM (composé des deux premières lettres inversées de Re et Marie, prénoms du fondateur et de son épouse).[3]

16h- Sur le chemin, elle passe devant une publicité pour les préservatifs DUREX, contraction de l’anglais Durability, Reliability, Excellence. Son concurrent est MANIX, nom créé en référence à la série américaine Mannix.

18h- Caroline récupère sa fille à la crèche et lui donne son bain avec des produits CADUM, initialement formulés à base d’huile de Cade, appellation provençale d’un genévrier du midi.

Publicite affiche ancienne Cadum

Source : Jean Watin-Augouard, Histoire de marques, Eyrolles, 2006

[1] La marque renvoie aussi – mais est-ce volontaire ? – au latin lego, « j’étudie, j’assemble ».

[2] Attention, en latin homo prend un « h » !

[3] Il se trouve qu’eram signifie aussi « j’étais » en latin. Mais ce n’est que pure coïncidence.

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